Cette valise que tu traines

Cette valise que tu traines Cette main qu’on enchaine À l’heure du réconfort Cette blessure Comme une frontière Se refermant dans la poussière De l’ombre et de l’effort Arthur qui a connu l’enfer A dit que c’est l’hiver La saison du confort Non je ne suis pas sans peine Je ne suis pas un chêne…

Tropiques

Au pied de la colline, la sainte ville vrombit, crépite et se détériore, soulée par la nuit grave et le ciel métallique. Un manoir hallucinant a poussé sur son flanc. Il s’enflamme et se déshabille, tenu par les haubans de la lune excentrique. C’est la fleur du couchant recrachée dans la jungle. Et c’est là…

Voyageur

Le lourd voyageur, le sac sur le dos Dans le doux climat d’un pays vaincu Va au grès du vent, de sa libido Et de ville en ville. Et de cul en cul Il aime à se croire Christophe Colomb Triomphant et fier ou bien Magellan Quand il part explorer cet étroit colon De ce…

Vârânasî

Et le feu de la mort a vécu bien longtemps. Sur la rive oppressée, on les voit maintenant Pleins de fatalités et pour les Dieux nombreux D’atroces mélodies se jettent dans le feu Les corps brulent ici, au cœur de Bénarès, Et le temps s’amincit pour infiltrer la foule. Nous buvons le destin crasseux dans…

Cordillère

nous avons pris le bus pour joindre Chiclayo au travers des déserts et des petits rios tout secs haletant comme pris dans de fatales rumeurs de paradis aux masques de crotale et la planète élance ses longs membres gonflés ses cactées étrangères à la moralité des fantômes espagnols aux idées dramaturges qui hantent pour toujours…

Arcadia

Aρκαδία j’étais parti vers l’est sans flancher solitaire sur les routes sclérosées dans l’ordre désordonné je cherchais au bord de la falaise des rumeurs les visages sans âge les rues sans adresse faisant croire que la solitude m’allait comme un gant colmatant mes fêlures pour ne pas laisser s’infiltrer leur pitié pour ne pas me…

Stupide

On peut voir une étoile ou se dire que se sont toutes les mêmes Des galets, des pépites, juste des minéraux Je dormais presque comme un bébé Mes rêves étaient dénoués de corruption La vie était un jeu, mais ça faisait longtemps qu’on avait dépassé le stade et l’arène. Je croyais. Je croyais. Non le…

De l’enfer et du paradis

C’était le matin très tôt Je suivais la vallée Au loin je voyais les premiers rayons De l’astre censé me guider Enflammer le crane du mont Je restais droit dans mes chaussures Malgré la fatigue indéniable Une force m’aidait à survivre La montagne était surmontable Je me disais « comment va-t-elle ? Et je m’accrochais…

Ardèche

Coincé entre Pierrelatte et Pierre Rabhi, je pense à l’éthique qui me pend lourdement sur le cou, comme une cloche de vache, avec mon numéro astrologique agrafé sur l’oreille, pour déterminer le jour de mon abattage. Je pense à faire la part des choses, je pense à ce foutu colibri. J’ai arrêté la bidoche depuis…

Succession

Sans chercher à savoir pourquoi À quoi ça peut bien ressembler Elle disait « que ça revienne ou pas » Il disait « que ça casse ou passe » L’espoir avait perdu confiance Restait encore là-bas la chance Inexorablement familière J’étais sorti de nulle part Et arrivé tard dans la nuit Un dernier tour dans…

Je ne veux plus de toi (Δε σε θέλω πια)

Video clip de « Je ne veux plus de toi » par Tom Samel Adaptation du rebetiko Δε σε θέλω πια (Smyrne, 1910) Co-réalisé par Fred Besnardière, Pierre Polentes et Tom Samel Montage : Nicolas Aumann Musique : Tom Samel L’originale :

Villes

Extrait d’un recueil de nouvelles et proses en cours d’écriture : Je viens peut être d’ici. De ce trou. De ce fleuve. Allongé, presque endormi, dans ma piaule d’hôtel, je regarde autour de moi. J’examine mes choix. Quatre murs de briques qui semblent étreindre une solitude factice. Il existe semble-t-il, une manière d’y graver des…

Après la nuit

  Nouvelle ville, nouvelle fille. Elle ne sait pas vraiment où je vais, si elle peut embarquer, si je la mène en bateau sur mes eaux insomniaques, Elle hésite, elle se prononce pour le saut de l’ange sur la baie des démons. Elle se tâte, puis se précipite sur la flamme indécise d’une lanterne noire….

Il pleut

Écrire comme quand on pêche dans un verre d’eau Et il m’arrive de sortir des brochets et de les relâcher dans la nuit Et dire « Bonne chance. Parce que. Peut-être. C’est beau comme. Un verre de laid.» Et développer des idées Et développer des idées Tu sais pas écrire le prof disait Et des…

pendant que le diable se perd dans ta gorge

nous avançons sous une pluie d’images radioactives cherchant à nous extraire de ce corps mais rien à faire notre âme est une soupe dans la gamelle de la nuit au bout du rouleau au bout du tunnel de la mortalité dieu attend qu’on l’aime pour ce qu’il est et si nous trouvions abris dans les…

héroïque

et puisqu’on se doit bien d’attendre et que ça viendra ou pas on doit pas tout donner parait qu’il faut en garder sous le coude pour l’hiver au coin du feu ou pour le râteau des épicières ou pour la lutte des classes pourtant, faut faire confiance à quoi bon. à la chance et en…

Nénette

Pour rester dans le thème des bestioles, je vous invite à découvrir le texte intitulé Nénette paru jadis dans mgversion2>datura et vous recommande vivement de lire cette revue que publie Walter Ruhlmann (mgversion2datura.blogspot.com/)

Le chien

A Mumbai Mon triste chien parasité Se gratte en me souriant Je le regarde et je me sens Comme mon chien parasité Qui me sourit tout en souffrant Et sourit aux cons qui méprisent Les tristes chiens parasités Méprisés puisque en les voyant S’écorcher douloureusement Les cons se sentent menacés Par leurs sourires dérangeants De…

times

tu sais j’ai pas prévu cette ironie je me suis réveillé c’était pas comme avant c’était comme après une sale soirée où ont m’aurait chouravé ce qui me restait de poésie dans le bide où on m’aurait prélevé la vésicule biliaire pour la vendre aux chinois mélangé au ginseng et je me suis réveillé dans…

je n’ai jamais eu grand chose à dire, pas d’argument pour sauver les sourires de la menace des pesticides, je regarde le ciel de la mémoire ébouillantée, des aviateurs obsolètes. les particules de soleil qui se cognent sur les antennes, jusqu’à mon cellulaire fantôme qui porte la voix des coupables jusqu’à mon oreille laxiste. c’est…

comment ça va, ma poule ?

ça roule ici, poupée comme ça roulera aussi sans nous sur une pente semi nocturne la charrette branlante d’un rêve à l’intérieur de l’extérieur de la réalité oui ça va pas trop mal ma poule c’est juste cette bonne vieille routine qui prend un bol d’air c’est cette mémoire dans la mémoire c’est cette morsure…

Probablement vrai

Je suis arrivé et j’ai entendu « Bienvenue » Le ciel était encore intact Quand on glissa la brique dans la poche De mon manteau Je suis entré dans la fête À présent j’assiste à la naissance d’une probabilité Le feu n’a pas encore pris Puisque j’entends « reviens, je t’en prie » La foule…

soif

l’amour frappe sur le volet à la façon d’un alcoolo viré par un videur mauvais du dernier bar encore ouvert il dit « juste une petite bolée c’que vous voudrez si c’est pas d’l’eau je bois et promis je m’en vais et demain je me mets au vert ! » puis il finit par s’en…

Le quatorzième délire

Merci de cœur à Annalisa Bollini pour l’illuminée illustration d’un vieux texte qui date de plusieurs années, déterré, un peu retouché et rebaptisé à l’occaz’ « Le quatorzième délire » À l’heure du clair obscur, Maitre de Cérémonie Des soirées d’un bastion Où les morts sont en vie Et où les vivants crèvent dans les oubliettes et…

ça progresse

y a bien longtemps ça prend de la bouteille on a toujours soif mais bon, peut être que ça progresse la bouche pâteuse et les dents sales anges sirotant des roteuses ou s’injectant des rêves pâles toi l’animal des zoos et des voyages derrière les murs puisses-tu trouver des villes banquises et des chambres d’hôtels…

Shymkent

un malentendu et on se retrouve à Shymkent mélange de grisaille immatérielle et de béton superstitieux fœtus dénué d’une quelconque gloire au creux d’un ventre continental fleurs irréalistes dans une bouteille de vodka sur une cheminée sans feu un soir interminable d’automne la vieille tuyauterie communiste relie toutes les pauvretés entre elles ça rigole pas…

tabula rasa

incursion des astres dans les marées de mon sang expansion de l’éternité comme une note éclatée dans la circulation de mon fluide de mon feu insolent et fanatique chaque seconde s’élève avec l’expiration indéfinie de la mort chaque seconde érige des villes vulnérables des fièvres sans limites des monuments d’oublis cris inopinés une dimension explose…

Le grec

Extrait du fanzine « Le Grand Machin Truc » 36 pages + gravure en couverture Une vingtaine d’exemplaires disponibles à la demande (prix libre) le grec quand j’ai débarqué le grec était déjà pas mal éméché il gribouillait sur une nappe en papier il m’a vu et il a dit « ah te voilà garnement je commençais…

Octobre

y en a qui adorent prendre des châtaignes la soupe de potimarron ça rassure les boyaux t’en fais une putain de sale tête c’est qu’ta frimousse me rappelle l’été va pas nous dire où il faut chercher c’est comme se barrer en inde pour espérer y récolter de la spiritualité « j’aime voir mourir les…

Καληνύχτα, Ειρήνη

j’écoute passer Leadbelly sur une route très lointaine ses notes avancent pas à pas sur le tapis de feuilles sèches il fait très bon le vent est pur non je ne crois pas qu’il pleuvra je ne sais pas d’où vient la vie le rythme me prend sous son aile la musique craque ça lui…

j’ai rêvé

j’ai rêvé l’amour était parfait je me sers un café et je reviens sur ce matelas trop dur comme un éphémère se colle au réverbère j’entends quelqu’un qui s’approche « qu’est-ce qui ne va pas ? tu as perdu quelque chose ? » « n’approchez pas où je tire ! » et j’envoie une rafale…

chanson traditionnelle d’une province disparue

c’est la teuf autour du barbeuk je regarde griller le bœuf qui fut jadis un bon poète en plus qu’il fut mon meilleur pote j’entends les synthés qui mitraillent la ligne de basse écœurante le débit de la merde aqueuse flow de paroles racailleuses les nanas exposent leurs lunes dans mon ciel repeint à la…

Chroniques

On a jamais vraiment été, même lorsque ça caillait grave dehors et que dedans, c’était brulant, qu’il n’y avait d’autre à envisager que d’étreindre un rêve d’immortalité, jamais vraiment, les atomes un peu ici, un peu partis, un peu barrés, un peu trop loin, jamais vraiment, parfois quand même un peu frangin, les soirs où…

first day

Allez, y a pas des raisons, on se lance dans la masse, un lupanar aléatoire pour y déterrer des rengaines, y balancer des mots qui michetonnent ou qui se reboutonnent, pour être visible dans l’ultra violé du net, dans l’arrière boutique du cyber monde.